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Etes-vous morts?

Depuis déjà des années, je fais un bilan médical tous les ans et voilà ce qui est arrivé dans le cabinet de mon médecin traitant lors de la visite de routine.



Mon médecin, un ami de longue date me demande :

- Alors comment te sens tu aujourd’hui?

- Et bien je me porte à merveille  en fait je viens pour ma visite de routine

- Alors tu n’es pas malade?

- Non c’est ma visite de routine, je ne suis pas du tout malade

- Alors  je vais encore me faire de l’argent sur ton dos! bon puisque tu es là, je vais quand même t’examiner

Au bout de quelques minutes, il me regarde et me dit en effet que je vais bien, tout est parfait, j’ai une mine magnifique, un peu de surpoids mais rien de très génant.

En effet depuis quelques mois je me sens bien, je ne fais plus de nuits agitées, je n’ai plus d’hallucinations, d’idée morbides, et encore moins de problème de pression artérielle, même mes problème de thyroïde sont vraiment du passé.

Le docteur reprend, « alors tes lubies, tes cauchemarr. Tes obsessions, je n’ai jamais connu quelqu’un de plus tourmenté que toi? Tu ne vas tout de même pas me faire croire que….

Je fais un geste catégorique.

- Tout est balayé, tu sais ce qu’on appelle rie? Pas même le souvenir. Comme si j’étais devenu quelqu’un d’autre.

Le docteur me regarde dans les yeux et me demande

- es tu plus heureux maintenant ou avant?

Je reponds:

- Heureux c’est un grand mot

- Eh, bien, disons satisfait, content, serein

- Mais certainement, beaucoup plus serein qu’avant, maintenant

- Tu disais toujours que en famille, à ton travail, au milieu de gens, tu te sentais toujours étranger? Ta fameuse aliénation est donc finie?

- C’est exactement cela. Pour la première fois, je me sens finalement inséré dans la société

- Bigre! Mes compliments, et de la découle un sentiment de sécurité, n’est-ce pas? de conscience satisfaite?

- Tu te moques moiµ?

- Pas du tout, et dis-moi: tu mnèes une vie plus régulière qu’avant?

- En fait oui

- Tu regardes la télévision?

- Presque tous les soirs. Ma femme et moi, nous ne sortons plus beaucoup

- Tu t’intéresse au sport?

- Depuis que j’habite le Brésil, je m’intéresse au foot naturellement, je suis devenu supporte de l’équipe des corinthians de Sao Paulo!

- Et de quel parti politique es-tu?

- Tu le sais ,  c’est le même que le tien, voyons, mais c’est quoi toutes ces questions stupides que tu me fais?

- Non je te pose des question c’est tout, d’ailleurs tu aimes conduire?

- Ben oui, mais je me suis calmé, je respecte le code de la route, je roule dans mon gros Chevrolet V8, un vrai bourge! Mais c’est quoi cet intérogatoire?

Mon docteur retire ses lunettes. Les coudes appuyés sur le dessus de son bureau, il joint les doigts des deux mains ouvertes.

- Tu veux savoir ce qui t’est arrivé?

Je le regarde, interdit. Sans avoir l’air d’y toucher, mon docteur aurait-il observé les symptômes d’une horrible maladie?

- Ce qui m’est arrivé? Je ne comprends pas. Tu m’as trouvé une maladie?

- Une choses très simple, Tu es mort.

Mon docteur n’est pas du type à plaisanter, surtout dans son cabinet médical!

- Mort? balbutiai-je. Comment ça mort? Une maladie incurable?

- Mais non, il ne s’agit pas d’une maladie. Je n’ai pas dis que tu dois mourir. J’ai seulement dit que tu es mort.

-Qu’est ce que c’est que ces histoires ? Puisque toi-même tu disais, tout à l’heure, que je suis l’image même de la santé?

- Tu es en bonne santé, oui. Tout à fait en bonne santé. Mais mort. Tu t’es adapté, tu t’es intégré, tu t’es homogénéisé, tu t’es inséré corps et âme dans le système social, tu as trouvé l’équilibre, la tranquilité, l’assurance. Et tu es un cadavre.

- Ah! tant mieux! Tout cela est au sens figuré, c’est une métaphore. Tu m’as fait une de ces peurs!

- Ce n’est pas tellement au sens figuré. La mort physique est un phénomène éternel et, après tout, excessivement banal. Mais il y a une mort qui, quelquefois, est encore pire. L’affaissement de la personnalité, la routine moutonnière, la capitulation devant le milieu, le renoncement de soi-même. Mais regarde autour de toi. Mais parle avec les gens. Mais tu ne t’aperçois pas qu’au moins 80% sont morts? Et d’année en année, le nombre augmente. Eteints, nivelés, asservis. Tous désirent les mêmes choses, identiques. Ecoeurante civilisation de masse!

- Des histoires, tout cela. Maintenant je n’ai plus de cauchemars d’autrefois, je me sens beaucoup plus vivant. Beaucoup plus vivant à présent quand j’assiste à une belle partie de football, ou quand je voyage dans mon gros V8.

-Bravo Thierry! Tu devrais bénir tes angoisses d’autrefois.

J’en ai assez mon médecin a réussi à me taper vraiment sur les nerfs.

-Et alors, si je suis mort, comment expliques-tu que je n’ai jamais eu autant de succès avec mes blogues? Si j’étais ramoli, comme tu dis…

- Pas ramoli! Mort. Il y a aujourd’hui des nations immenses, qui ne comptent que des morts. Des centaines de millions de cadavres. Et il travaillent, construisent, inventent, se donnent énormément de mal. Ils sont heureux et contents. Mais ce sont de pauvres morts. Exception pour la minorité microscopique qui leur fait faire ce qu’elle veulent, aimer ce qu’elle veut, croire ce qu’elle veut.

Comme les zombies des Antilles, les cadavres ressucités par les sorciers et qu’on envoie travailler dans les champs. Et quant à tes scrupules, c’est justement le succès que tu as et qu’autrefois tu n’avais pas qui prouve que tu es mort. Tu t’es conformé, tu t’es réorganisé, tu as donné ta démission de fou, de rebelle et d’utopiste. Et voilà pourquoi maintenant tu plais au grand public, le grand public des morts.

Je bondis sur mes pieds. Je ne peux plus résister.

- Et toi alors? lui demandè-je, fou de rage. Comment se fait-il que ne parles pas de toi?

- Moi? Moi aussi, naturellement je suis mort. Depuis pas mal d’années. Comment résister, dans une ville comme celle-ci? Un cadavre, moi aussi. Il ne m’est resté qu’une ouverture… par point d’honneur professinnel peut-être… Une ouverture par laquellej j’arrive encore à voir.

Maintenant la nuit est tombée et la consultation est terminée.

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Histoire légérement adapté, c’est à dire pratiquement honteusement presque  copiée de bout en bout, d’une nouvelle écrit par Dino Buzzati « Dal Medico »  Douze Nouvelles, édition bilingue italien/français

ça vous inspire?

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One Response to “Etes-vous morts?”

  1. fabrice dit :

    Sympa l’histoire. Une vision un peu extrême qu’a ce docteur. Certains sont bien sans bouger et sont heureux comme cela. D’autres ont la chance de et l’énergie de bouger sans cesse, alors oui leur vie est plus intenses mais bien souvent, ils n’en sont pas forcement plus heureux. Et toi tu en penses quoi?

    As-tu eu le temps de penser à mon article?

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